En RD-Congo, l’année 2026 a démarré sur une note négative pour les agents et fonctionnaires de l’Etat, bouleversés par des retards inquiétants pour le paiement de leurs salaires. La situation, qui peine à s’améliorer à ce jour, suscite des réactions dans tous les sens. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, est pris à partie dans les réseaux sociaux, tant il passe, aux yeux d’une certaine opinion, pour le principal responsable de ces retards, alors qu’à son entrée en fonction en juin 2024, l’argentier national a réussi le pari de payer les salaires avant le 28 de chaque mois.
Ces derniers temps, Fwamba ne tient pas le délai, constatent avec amertume des fonctionnaires, contraints désormais de remuer ciel et terre pour subvenir aux besoins sociaux de base de leurs dépendants. Qu’est-ce qui est à la base de ces écarts entre une vision bien accueillie et bien implémentée au début du mandat de Fwamba et la situation vécue actuellement? Le ministre des Finances a répondu de manière limpide à la faveur d’un entretien exclusif avec Géopolis, évoquant des raisons fiscale, sécuritaire et monétaire, non sans mettre en exergue des motifs d’espoir d’un retour à la normale fin avril.
«La nature rentière de notre économie impose des contraintes sur les finances publiques en début de chaque année par le fait que la première échéance fiscale importante de l’année n’intervient qu’au 30 avril. Pendant cette période, il y a généralement des tensions sur la trésorerie, exercées par les dépenses contraignantes dont les salaires», a d’entrée expliqué, au micro de Géopolis, le ministre des Finances. Il a, par la suite, pointé l’aggravation de la situation sécuritaire et l’appréciation de la monnaie nationale comme des causes supplémentaires de la réalité regrettable vécue par les agents publics depuis le début de l’année.
La guerre d’agression, menée par l’AFC-M23 avec l’appui du Rwanda, exerce, selon Fwamba, une «pression non moindre sur les finances publiques», au regard notamment du caractère urgentiste des dépenses liées à la défense de la patrie, assiégée en partie par les ennemis de la République. A cela s’ajoute la revalorisation du Francs congolais qui a provoqué une «incidence négative sur les recettes publiques», mais a induit des «effets positifs sur l’amélioration du pouvoir d’achat» des populations RD-congolaises.
Salaire: fin avril pour le retour à la normale
Réputé pour sa franchise et son sens pointu de respect envers les fonctionnaires et agents publics, Doudou Fwamba, qui a fait carrière au sein de l’administration financière, s’est refusé toute démagogie. Il a dit comprendre «l’irritation» des agents publics et a rassuré de renouer, dès fin avril, avec les bonnes habitudes du début de son mandat. «Dans ce contexte conjoncturel particulier, il y a éventuellement plus de tensions de trésorerie en début de cette année tandis que le gouvernement envisage la stabilisation de la situation à partir du 30 avril prochain, avec le paiement du solde de l’impôt sur les bénéfices professionnels -IBP-», a souligné le ministre des Finances.
Autre motif d’espoir: la reprise des exportations du cobalt. Pour le ministre, c’est un facteur additionnel devant contribuer à «améliorer davantage la situation». Formel, Doudou Fwamba a rassuré que «la situation est sous contrôle en dépit de ces contraintes et que les perspectives sont positives».
Fwamba favorable à l’audit de l’état liquidatif de la paie
Par ailleurs, les assurances du ministre des Finances ne peuvent occulter une problématique majeure qui mine l’administration publique en RD-Congo: la maitrise aussi bien de la masse salariale -passée de CDF 840 milliards à CDF 1.300 milliards y compris les paies complémentaires, selon les chiffres de Fwamba- que du fichier de la paie, truffé par la présence de faux agents, des services qui n’existent que sur papier, des agents payés pour le compte de plusieurs ministères, etc.
Alerté par des rapports alarmants du ministre Fwamba, le Président Félix Tshisekedi a considéré l’urgence et ordonné, fin février, l’audit de l’état liquidatif de la paie des agents publics dans le but de garantir la soutenabilité des finances publiques et de sécuriser le paiement régulier des fonctionnaires. Cette mesure du Chef de l’Etat a été saluée par Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, la qualifiant d’un «grand soulagement» pour son portefeuille qui «n’a cessé d’alerter le gouvernement sur l’augmentation de la masse salariale».
Pour l’argentier national, cet audit est «utile» pour passer au peigne fin «toutes les actions intégrées dans l’état liquidatif» et planifier des opérations voire des réformes courageuses au bénéfice de l’administration publique et de ses agents. Le ministre des Finances est également persuadé que la démarche initiée par le Président Tshisekedi va «permettre au gouvernement de dégager un espace budgétaire… pour la mise en œuvre de son Programme d’actions».
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