La décision d’auditer la liste de paie des agents publics en République démocratique du Congo suscite des réserves au sein de la société civile. Si l’initiative portée par le président Félix Tshisekedi s’inscrit dans une volonté affichée de discipline budgétaire, le Centre de recherche en finances publiques et développement local met en doute sa capacité à produire des effets durables sans réformes structurelles.
Dans une analyse consultée ce vendredi, l’organisation dresse un constat préoccupant de l’évolution des dépenses de personnel entre 2021 et 2025. Sur cette période, près de 18,9 milliards de dollars ont été consacrés à la rémunération des fonctionnaires, soit en moyenne 43,42 % des recettes internes. Ce niveau dépasse largement le seuil de 35 % fixé par les autorités, révélant une pression croissante sur les finances publiques.
Pour le CREFDL, cette dérive fragilise l’équilibre budgétaire et limite les capacités d’investissement de l’État, notamment dans les infrastructures et les services sociaux. La masse salariale devient ainsi un facteur de rigidité budgétaire, réduisant les marges de manœuvre du gouvernement dans un contexte économique déjà contraint.
L’organisation pointe une combinaison de facteurs structurels notamment les recrutements non maîtrisés, persistance de fraudes dans le fichier de paie, failles administratives et faiblesse des dispositifs de contrôle. À cela s’ajoute une pression politique liée à la mise en œuvre des programmes gouvernementaux, souvent en tension avec les objectifs de maîtrise des dépenses.
L’audit annoncé en février dernier vise à assainir le fichier de la paie, dans un contexte marqué par des retards récurrents dans le paiement des salaires. Mais pour le CREFDL, cette démarche n’est pas inédite. Des missions antérieures de l’Inspection générale des finances, notamment en 2019 et 2023, avaient déjà mis en évidence des irrégularités similaires, sans qu’elles ne débouchent sur des sanctions ou des réformes contraignantes.
Dans ce contexte, un nouvel audit pourrait produire des résultats limités s’il ne s’accompagne pas de mécanismes d’exécution rigoureux. L’enjeu dépasse le simple diagnostic, pense le CREFDL. Il réside, d’après cette organisation de la société civile, dans la capacité des autorités à traduire les conclusions en mesures concrètes et contraignantes.
Le CREFDL plaide ainsi pour une application stricte des recommandations existantes, en particulier celles formulées par l’Inspection générale des finances. À défaut, la rationalisation de la masse salariale restera un objectif hors d’atteinte, compromettant davantage la soutenabilité des finances publiques congolaises.
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