La République démocratique du Congo (RDC) engage un virage stratégique dans la gestion de ses exportations de cacao, en plaçant la certification au cœur de sa politique commerciale. À l’issue d’une réunion tenue le 20 avril 2026 avec les exportateurs de cacao et de café, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a annoncé un appui des États-Unis destiné à former des experts congolais dans ce domaine clé.
Objectif affiché : réduire la dépendance vis-à-vis des certificateurs étrangers et limiter les pratiques frauduleuses qui minent la filière. « La RDC ne doit plus dépendre d’agents extérieurs qui maintiennent le statu quo et favorisent la fraude », a déclaré le ministre, sans détailler davantage les modalités concrètes de ce partenariat.
Cette orientation intervient alors que les exigences des marchés internationaux se durcissent, en particulier au sein de l’Union européenne. Le nouveau règlement sur les produits liés à la déforestation impose désormais aux exportateurs une traçabilité rigoureuse, ainsi que la preuve du respect des normes environnementales. Pour Kinshasa, le développement d’une expertise locale en certification apparaît ainsi comme une condition indispensable pour maintenir l’accès à ces marchés et renforcer la crédibilité du cacao congolais.
Sur le terrain, cependant, les défis restent considérables. En Ituri, l’une des principales zones de production, la filière demeure confrontée à des contraintes structurelles persistantes. Selon des données de l’Office national des produits agricoles du Congo (ONAPAC), la production annuelle de café et de cacao est estimée entre 10 000 et 15 000 tonnes. Pourtant, les volumes officiellement enregistrés restent très faibles, avec environ 900 tonnes de café et près de 1 000 tonnes de cacao.
Cet écart s’explique notamment par l’insécurité dans certaines zones agricoles, qui perturbe les récoltes et les circuits de commercialisation, mais aussi par le manque d’infrastructures de transformation. Une partie de la production d’Ituri est ainsi acheminée vers le Nord-Kivu pour y être transformée avant exportation, illustrant les limites actuelles de la chaîne de valeur locale.
Dans ce contexte, la montée en compétence des acteurs nationaux en matière de certification pourrait constituer un levier important pour structurer la filière. Reste à savoir si cette réforme suffira à corriger les faiblesses systémiques qui freinent encore le développement du cacao congolais.
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