Le 09 avril 2026, pour la première fois de son histoire, la République démocratique du Congo est allée chercher de l’argent directement sur les marchés financiers internationaux grâce à un premier Eurobond baptisé « Mbote ». Montant levé : 1,25 milliard de dollars. Une opération qui a manifestement séduit les investisseurs, au rendez-vous. Mais, depuis, le coût de cette émission suscite de vives critiques en interne. Plusieurs voix dénoncent une opération jugée onéreuse, tandis que le gouvernement, lui, assume et défend sa décision. Mais qu’est-ce qu’un Eurobond ? Pourquoi la RDC a-t-elle choisi cette procédure de financement ? Combien cela va-t-il lui coûter ? Et surtout, quels bénéfices le pays peut-il réellement en tirer ?
À première vue, le mot « Eurobond » peut sembler réservé aux spécialistes de la finance. Pourtant, son principe est relativement simple. Lorsqu’un État a besoin d’argent pour financer son développement, ses infrastructures ou certaines dépenses publiques, plusieurs options s’offrent à lui. Il peut augmenter ses recettes fiscales, solliciter un prêt auprès d’une institution internationale, négocier un financement bilatéral avec un autre État ou encore se tourner directement vers les investisseurs. L’Eurobond appartient à cette dernière catégorie.
C’est une obligation émise par un État sur les marchés internationaux, généralement dans une monnaie étrangère, ici le dollar américain. Le principe peut se résumer ainsi : l’État congolais lance un appel aux investisseurs et leur propose de lui prêter de l’argent aujourd’hui, en s’engageant à le leur rembourser à une date déterminée, tout en leur versant une rémunération pour l’utilisation de leur argent.
Un Eurobond, comment ça marche ?
Avec son Eurobond « Mbote », la RDC est allée chercher 1,25 milliard de dollars auprès d’investisseurs internationaux. Ces derniers ont accepté de prêter leur argent au pays, mais ils attendent naturellement quelque chose en retour : des intérêts pendant la durée du prêt et le remboursement de leur capital à l’échéance.
Et c’est la première chose à retenir : les 1,25 milliard de dollars levés par la RDC ne sont pas un don, mais une dette à rembourser.
Pour l’Eurobond de 1,25 milliard de dollars de la RDC, les banques Rawbank, Citi et Standard Chartered ont participé à l’organisation et au placement de l’opération. Mais cela ne signifie pas que ces banques ont prêté elles-mêmes les 1,25 milliard de dollars à la RDC. Leur rôle est notamment de mettre l’État en relation avec les investisseurs internationaux et de distribuer les titres ou obligations.
L’Eurobond est financé par de grands investisseurs internationaux : fonds d’investissement, banques, compagnies d’assurance, fonds de pension ou encore fonds souverains. En achetant les obligations de la RDC, ces acteurs prêtent indirectement de l’argent à l’État congolais et espèrent, en retour, percevoir une rémunération et récupérer leur capital à l’échéance convenu. Leur décision repose notamment sur le rendement proposé, mais aussi sur leur appréciation du risque lié à la capacité de la RDC à payer sa dette. Autrement dit, lorsqu’ils achètent l’Eurobond congolais, ils parient à la fois sur le rendement de l’opération et sur la solidité financière future du pays.
Deux tranches distinctes
L’Eurobond « Mbote » a été divisée en deux emprunts distincts, appelés tranches. Cette division permet notamment d’emprunter sur différentes durées et à des conditions différentes.
La première tranche de cet Eurobond s’élève à 600 millions de dollars et devra être remboursée en 2032. Concrètement, cela signifie que la RDC a emprunté 600 millions de dollars auprès d’investisseurs et qu’elle devra leur rendre cette somme, selon les conditions prévues dans le contrat, lorsque l’échéance arrivera en 2032. En attendant, la RDC doit rémunérer les investisseurs qui ont accepté de lui prêter cet argent. Cette rémunération est fixée à un taux de 8,75 % par an.
Pour mieux comprendre, imaginons qu’un investisseur prête 100 dollars à la RDC. Avec un taux de 8,75 %, il reçoit, en simplifiant, environ 8,75 dollars par an comme rémunération pour son prêt. À l’échéance prévue, son capital de départ, soit les 100 dollars prêtés, lui est également remboursé selon les conditions convenues.
Le taux de 8,75 % peut donc être considéré comme le « prix » que la RDC doit payer chaque année pour pouvoir utiliser l’argent prêté par les investisseurs. Plus le risque perçu par les investisseurs est élevé, plus le taux qu’ils demandent pour prêter leur argent peut être important.
La seconde tranche fonctionne selon le même principe, mais sur une durée plus longue. Elle est de 650 millions de dollars et arrivera à échéance en 2037. Les investisseurs qui ont acheté ces obligations prêtent donc leur argent à la RDC jusqu’à cette date. En contrepartie, ils bénéficient d’une rémunération de 9,50 %, qui est supérieure à celui de la première tranche.
Pourquoi le taux est-il plus élevé pour la tranche qui arrive à échéance en 2037 ? « Principalement parce que les investisseurs acceptent d’immobiliser leur argent pendant une période plus longue. Plus la durée du prêt est longue, plus les incertitudes peuvent être importantes : évolution de l’économie congolaise, situation politique, niveau des recettes publiques, évolution du dollar ou capacité future de l’État à rembourser. Les investisseurs demandent donc généralement une rémunération plus élevée pour accepter ce risque supplémentaire », explique un analyste financier à MediaCongo.
En achetant ces obligations, les investisseurs prêtent donc indirectement de l’argent à l’État congolais. En échange, ils attendent une rémunération annuelle. À l’échéance, la RDC devra également rembourser le capital emprunté avec des intérêts.
Pourquoi parle-t-on d’« Eurobond » si la RDC emprunte en dollars ?
Le terme peut prêter à confusion. Un Eurobond n’est pas nécessairement une obligation libellée en euros. Dans le langage financier, il désigne généralement une obligation émise sur les marchés internationaux, dans une monnaie différente de celle du pays émetteur. Dans le cas de la RDC, l’emprunt est libellé en dollars américains. « C’est un choix logique pour un pays dont une grande partie des recettes extérieures provient du commerce international et notamment des exportations minières . Mais ce choix crée aussi un risque : la dette est en dollars alors qu’une grande partie des dépenses publiques congolaises est réalisée en francs congolais. Si le franc congolais se déprécie fortement face au dollar, le remboursement peut devenir plus lourd pour les finances publiques », fait savoir l’analyste financier.
Pourquoi la RDC a-t-elle besoin d’un Eurobond ?
C’est probablement la question centrale. La RDC dispose d’immenses besoins d’investissement. Routes, énergie, aéroports, transports urbains, infrastructures publiques : les besoins dépassent largement les capacités de financement immédiates du budget de l’État.
Or les financements concessionnels, ceux proposés à des conditions très favorables par certaines institutions internationales ou certains partenaires, présentent deux limites : ils sont généralement moins coûteux, mais leur mobilisation peut être plus lente et les enveloppes disponibles sont limitées. L’Eurobond offre l’inverse : une capacité de mobilisation importante et relativement rapide, mais à un coût beaucoup plus élevé.
C’est donc un choix à opérer. Opter pour un financement concessionnel moins cher mais souvent plus lent, d’un côté ou pour un Eurobond plus rapide et plus flexible mais plus coûteux, de l’autre. Le gouvernement congolais défend précisément cette logique.
Pour le ministre des finances, Doudou Fwamba, il ne faut pas regarder uniquement le taux d’intérêt. Il faut aussi mesurer ce que l’argent emprunté permettra de produire. Si l’argent emprunté permet de créer des infrastructures qui augmentent la production, facilitent les échanges, réduisent les coûts énergétiques et génèrent à terme davantage de recettes fiscales, alors la dette peut devenir un instrument de développement.
Mais si l’argent est mal dépensé, l’équation s’inverse. La RDC aurait alors une dette à rembourser sans avoir créé suffisamment de richesse pour la financer.
Pourquoi les investisseurs ont-ils accepté de prêter à la RDC ?
C’est l’un des éléments les plus notables de l’opération. Pour cette première émission, la demande des investisseurs a dépassé 5 milliards de dollars, alors que la RDC ne cherchait à lever que 1,25 milliard. Les carnets d’ordres ont notamment dépassé 2 milliards de dollars pour la tranche à cinq ans et 2,8 milliards pour celle à dix ans.
Pourquoi un tel appétit ? « D’abord parce que les investisseurs ne regardent pas uniquement les risques. Ils regardent également le rendement. Un titre offrant près de 9 % peut devenir attractif lorsqu’un investisseur estime que le risque est suffisamment maîtrisé. Ensuite, la RDC possède un atout considérable : ses ressources minières. Premier producteur mondial de cobalt et deuxième producteur mondial de cuivre, le pays dispose d’une importante capacité d’exportation. À cela s’ajoute un niveau d’endettement public relativement faible comparé à celui de plusieurs autres économies africaines », analyse l’expert financier .
Pour les investisseurs, la RDC apparaît donc comme un pays risqué, mais présentant également des perspectives économiques importantes.
Mais 9 %, est-ce cher ? Oui, selon l’expert, le coût est élevé. « La RDC paiera un rendement de 8,75 % sur la première tranche et de 9,50 % sur la seconde. Ces taux traduisent le risque que les investisseurs associent au pays. Plus un État est considéré comme risqué, plus il doit généralement offrir un rendement élevé pour convaincre les investisseurs de lui prêter de l’argent ». C’est la « prime de risque ».
À titre de comparaison, des émissions récentes de certains pays africains ont été réalisées à des taux comparables ou supérieurs : la République du Congo avait notamment émis à 9,875 %, tandis que le Kenya avait payé 10,375 % sur une émission à sept ans en 2024.
La RDC peut donc présenter ses conditions d’émission comme relativement compétitives pour un premier passage sur le marché. Mais cela ne signifie pas que l’emprunt est bon marché. Il reste une dette commerciale coûteuse.
Quels sont les avantages pour la RDC ?
Comme l’a récemment évoqué le ministre des finances, Doudou Fwamba, le premier avantage est évident : l’argent est disponible. L’État peut mobiliser une enveloppe importante pour accélérer des projets qui nécessitent des financements considérables. Le deuxième avantage est la diversification. Jusqu’ici, la RDC dépendait largement de financements publics, concessionnels, bilatéraux ou de ses propres recettes. Avec l’Eurobond, elle ajoute une nouvelle source de financement : les investisseurs privés internationaux. Le troisième avantage est plus stratégique : la crédibilité financière. La RDC vient d’entrer sur un marché où les investisseurs évaluent en permanence la capacité des États à rembourser leurs dettes. Réussir une première émission peut donc ouvrir la voie à d’autres opérations à l’avenir. Un État qui devient un émetteur régulier peut progressivement construire un historique de crédit.
C’est précisément l’un des arguments avancés par le ministre : cette première opération ne doit pas seulement apporter de l’argent aujourd’hui, elle doit contribuer à construire un profil financier international pour demain.
Quels sont les risques ?
Pour l’expert, ils sont nombreux. Premièrement, le risque du taux. « À près de 9 %, le financement est cher. Plus la dette augmente, plus les intérêts peuvent peser sur le budget de l’État. L’argent consacré demain au service de la dette ne pourra pas être utilisé simultanément pour d’autres dépenses publiques ».
Deuxièmement, le risque de change, car la dette est en dollars. « Si les recettes de l’État sont principalement en francs congolais et que le franc perd de la valeur face au dollar, le coût réel du remboursement augmente. C’est l’un des risques classiques des dettes contractées en devises étrangères ».
Troisièmement, le risque de mauvaise utilisation. « C’est probablement le risque le plus important. Un emprunt peut être utile lorsqu’il finance un actif productif. Construire une infrastructure qui facilite les échanges, produit de l’électricité ou augmente la productivité peut contribuer à créer les ressources nécessaires au remboursement. En revanche, financer des dépenses improductives avec une dette coûteuse crée une situation beaucoup plus dangereuse. La dette reste, mais l’actif économique n’est pas au rendez-vous ».
Quatrièmement, le risque d’exécution. Même lorsqu’un projet est pertinent sur le papier, il peut être mal exécuté. Retards, dépassements de coûts, marchés publics mal gérés, travaux de mauvaise qualité ou problèmes de gouvernance peuvent réduire considérablement le rendement économique attendu. C’est pourquoi l’argent levé n’est que la première étape. Le véritable test est ce qui sera construit avec cet argent.
« Le problème n’est pas nécessairement l’Eurobond lui-même. Le problème serait de contracter une dette coûteuse sans obtenir en retour suffisamment de croissance et de recettes ».
La question devient alors très concrète : que vont réellement produire les 1,25 milliard de dollars empruntés par la RDC ? L’enjeu est donc de savoir si les projets financés grâce à cet emprunt permettront de créer suffisamment de richesse pour compenser ce coût.
Prenons un exemple simple. Si l’argent emprunté permet de construire une route qui facilite le transport des marchandises, réduit les coûts pour les entreprises, stimule le commerce et crée de nouvelles activités économiques, cette infrastructure peut générer davantage de richesse et, indirectement, davantage de recettes fiscales pour l’État. De la même manière, une centrale ou un barrage capable de fournir davantage d’électricité peut permettre aux entreprises de produire plus, favoriser la création d’activités et soutenir la croissance économique.
Si les infrastructures financées grâce aux 1,25 milliard de dollars produisent, directement ou indirectement, plus de richesse économique que ce que coûte la dette, l’emprunt peut être considéré comme un investissement rentable pour le pays. En revanche, si l’argent est mal utilisé, gaspillé, détourné ou investi dans des projets qui ne produisent pas les résultats attendus, la RDC devra tout de même rembourser la dette et payer son coût. La charge sera alors supportée par les finances publiques et, indirectement, par les contribuables congolais.
Où va l’argent ?
Au 31 août 2026, les données communiquées sur le site du ministère des finances de la RDC font état d’environ 64,42 millions de dollars décaissés sur les ressources de l’Eurobond, auxquels s’ajoutent les frais de gestion, pour un total d’environ 65,39 millions de dollars.
Le portefeuille présenté par le ministère des finances regroupe 7 projets dont le coût total atteint environ 2,55 milliards de dollars. L’Eurobond n’en finance donc qu’une partie, avec des décaissements programmés progressivement. Au 31 août 2026, les ressources de l’Eurobond effectivement décaissées sur les projets restent encore limitées. Mais certains chantiers ont déjà commencé à recevoir des financements.
Grand Katende : produire de l’électricité pour quatre millions de personnes
Au Kasaï-Central, l’un des projets les plus emblématiques est celui de la centrale hydroélectrique de Grand Katende. Le projet prévoit la construction d’une centrale de 64 mégawatts, équipée de quatre turbines de 16 MW, sur la rivière Lulua, dans le territoire de Dibaya, à environ 75 kilomètres au sud de Kananga. L’électricité produite doit être acheminée vers plusieurs centres urbains : 25 MW pour Kananga, 29 MW pour Mbuji-Mayi, 8 MW pour Tshimbulu et 2 MW pour Bunkonde. Autrement dit, l’investissement vise à créer à la fois une capacité de production et le réseau nécessaire pour transporter et distribuer l’électricité. Toutefois, le projet n’est toutefois pas nouveau. Lancé en 2012, il a connu plusieurs années de difficultés avant d’être officiellement relancé le 10 mai 2025.
Le premier groupe de 16 MW doit, selon le calendrier communiqué, entrer en service dans les 24 mois. Le budget alloué au projet atteint 472 millions de dollars et le nombre de bénéficiaires potentiels est estimé à environ 4 millions de personnes.
Au 31 août 2026, environ 15,97 millions de dollars avaient été décaissés sur les ressources de l’Eurobond, dont environ 0,24 million de dollars correspondant aux frais de gestion. Le taux de décaissement de la part Eurobond ressort ainsi à environ 7 %, selon les données fournies.
« Pour une région confrontée à un déficit énergétique important, l’enjeu est majeur. Mais c’est aussi un bon exemple de ce que signifie concrètement la question du « rendement » d’un Eurobond. Si Grand Katende permet effectivement d’améliorer l’accès à l’électricité, de réduire les coûts pour les entreprises et de stimuler l’activité économique, l’infrastructure peut contribuer à créer de la richesse. Si le chantier accumule les retards ou si l’électricité produite n’est pas correctement distribuée, la dette, elle, restera à rembourser », fait savoir l’expert financier.
À Kinshasa, la Rocade pour fluidifier la circulation
Dans la capitale congolaise, l’un des projets routiers les plus ambitieux est celui de la Rocade Nord de Kinshasa. Le projet prévoit une voie rapide urbaine de 24,5 kilomètres, organisée en 2 × 2 voies, destinée à relier l’aéroport au centre-ville. Le tracé comprendrait une section urbaine de 11,3 kilomètres et une section autoroutière de 13,2 kilomètres, avec notamment des viaducs et des échangeurs. Une partie du projet doit longer une zone marécageuse et intégrer une route à péage, avec l’objectif notamment de limiter les coûts d’expropriation.
L’enjeu est considérable pour une ville où les embouteillages constituent actuellement l’un des principaux problèmes de mobilité. La Rocade Nord doit permettre de récupérer une partie du trafic aujourd’hui concentré sur le centre-ville et le boulevard Lumumba.
Sur le papier, les bénéfices attendus sont multiples : réduire les temps de déplacement, fluidifier la circulation, améliorer la connexion avec l’aéroport et faciliter les échanges économiques.
Mais, au 31 août 2026, aucun décaissement provenant de l’Eurobond n’avait encore été enregistré pour ce projet. Sur les 270 millions de dollars prévus au titre de l’Eurobond, le montant décaissé était donc de zéro à cette date. Le budget global annoncé atteint 500 millions de dollars, pour environ 12 millions de bénéficiaires potentiels.
Cette situation illustre une réalité importante : l’annonce d’un financement ne signifie pas que l’argent a déjà été dépensé. Entre la décision de financer un projet et le décaissement.effectif des fonds, il faut encore franchir plusieurs étapes administratives, techniques et contractuelles.
N’djili : un nouvel aéroport pour Kinshasa
Autre chantier majeur : le nouvel aéroport international de N’djili. Le projet prévoit la construction d’un nouveau terminal international et domestique d’environ 49 000 m², avec une capacité annoncée de 5 millions de passagers par an. Il comprend également la réhabilitation de la piste existante, la construction d’une voie de circulation parallèle, des aires de stationnement, des installations de fret, un hangar de maintenance, une centrale électrique ainsi que des parkings et voies d’accès. Les travaux ont déjà démarré et la livraison est prévue en juillet 2028, selon les données communiquées. Le coût total du projet est estimé à 707 millions de dollars.
Au 31 août 2026, environ 212 millions de dollars avaient déjà été payés, soit un taux de paiement de 30 %. Sur cette somme, environ 33 millions de dollars provenaient de l’Eurobond.
L’enjeu dépasse là encore le simple confort des voyageurs. Un aéroport moderne constitue une infrastructure économique : il facilite les déplacements, le commerce, le tourisme, le transport de marchandises et l’intégration de Kinshasa aux réseaux internationaux. Mais son efficacité dépendra aussi de la capacité à achever les travaux dans les délais et à maîtriser leur coût.
Luano : la porte d’entrée aérienne du sud de la RDC
À Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, le projet concerne l’aéroport international de Luano. Il prévoit notamment la construction d’une nouvelle aérogare passagers de 13 000 m², conçue pour accueillir jusqu’à 1 million de passagers par an. Une aérogare fret de 2 200 m², la réhabilitation de la piste de 3 200 mètres sur 45 mètres, une aire de stationnement pour quatre avions, des parkings, un centre technique et des installations de sécurité complètent le projet. Le coût total est évalué à 200 millions de dollars, avec environ 1 million de bénéficiaires.
Au 31 août 2026, 80 millions de dollars avaient déjà été payés, soit 40 % du coût total. Parmi ces paiements, environ 17 millions de dollars provenaient de l’Eurobond.
« Pour une région qui concentre une grande partie de l’activité minière du pays, l’infrastructure revêt une importance particulière. Un aéroport moderne peut faciliter les déplacements des personnes et des marchandises, renforcer l’attractivité économique de Lubumbashi et accompagner le développement du corridor minier du sud », explique l’expert financier.
Route nationale 4 : désenclaver le Nord-Est
L’Eurobond doit également contribuer au financement du réseau routier national. Sur la RN4, la route prioritaire concerne l’axe Kisangani-Bafwemetinda, long de 253 kilomètres.
Le projet s’inscrit dans un programme plus vaste de modernisation de la RN4, dont la longueur totale atteint environ 748,5 kilomètres. L’objectif est de bitumer la chaussée, construire et réhabiliter les ouvrages d’art, améliorer le drainage, installer la signalisation et mettre en place des postes de péage.
Pour les populations et les opérateurs économiques du Nord-Est, l’enjeu est celui du désenclavement. Une route praticable toute l’année peut réduire les coûts de transport, faciliter l’écoulement des produits agricoles et rapprocher les bassins de production des marchés. Les travaux ont commencé en février 2024 et environ 30 kilomètres auraient déjà été ouverts à la circulation. Mais le projet connaît également des difficultés : il est actuellement en cours de restructuration et de renégociation des coûts. Et là encore, le tableau du 31 août 2026 indique zéro décaissement sur les ressources de l’Eurobond, sur une enveloppe prévue de 249 millions de dollars. Le budget global annoncé pour le projet atteint environ 592 millions de dollars, avec quelque 3,5 millions de bénéficiaires.
La ligne RDC-Zambie : l’énergie au service du secteur minier
Le portefeuille du gouvernement comprend également un projet moins visible pour le grand public, mais stratégique pour l’économie : l’interconnexion électrique entre la RDC et la Zambie.
Le projet prévoit une ligne de transport de 330 kilovolts reliant notamment Panda et Likasi, en RDC, à Kasanshi et Solwezi, en Zambie. L’objectif est d’augmenter les capacités de transport et d’échange d’électricité, notamment dans le Haut-Katanga, une région où l’activité minière est particulièrement importante. L’enjeu est donc double : améliorer l’approvisionnement électrique local et permettre à la RDC de s’intégrer davantage aux échanges énergétiques régionaux. L’enveloppe prévue sur l’Eurobond est de 20 millions de dollars, mais aucun décaissement provenant de cette ressource n’avait encore été enregistré au 31 août 2026.
Route nationale 7 : un autre chantier routier encore en attente
La RN7 figure également parmi les projets identifiés. Il s’agit d’un axe de 260 kilomètres traversant le Sankuru, le Kasaï-Central et la Tshopo. L’objectif est son asphaltage afin d’améliorer les connexions entre ces provinces. Mais, contrairement à certains autres projets, le financement Eurobond de la RN7 n’était pas encore arrêté au 31 août 2026. Le tableau officiel ne renseignait ni marché conclu ni décaissement provenant de l’Eurobond. Le budget Eurobond apparaît donc pour l’instant à zéro dollar. Cela ne signifie pas nécessairement que le projet est abandonné. Il signifie que, dans l’état des données disponibles à cette date, le financement par l’Eurobond n’avait pas encore été programmé ou décaissé.
Ces 7 projets répondent tous à une même logique : transformer une dette financière en infrastructures économiques. « C’est précisément ce qui permettra de juger l’Eurobond. Une route peut réduire le coût du transport. Une centrale peut augmenter la production électrique. Un aéroport peut faciliter les échanges. Une ligne électrique peut sécuriser l’approvisionnement des industries. Ces infrastructures sont censées produire des bénéfices économiques qui dépassent leur simple valeur physique. Mais attention au calendrier des décaissements », fait savoir l’expert.
Le pari risqué de la RDC
Avec son premier Eurobond, la RDC a obtenu ce qu’elle cherchait : accéder à une nouvelle source de financement et attirer des investisseurs internationaux. Mais elle s’est également imposé une contrainte. Les investisseurs ont prêté de l’argent et veulent être remboursés. Le gouvernement souhaite améliorer la croissance économique du pays. Et les Congolais veulent voir des routes, de l’électricité et des infrastructures fonctionnelles censées améliorer leur quotidien.
Le défi est donc de faire coïncider ces attentes. L’Eurobond ne sera véritablement une réussite que lorsque ces trois exigences se rencontreront.
(Mediacongo.net)



