Alors que la République démocratique du Congo (RDC) regorge de ressources naturelles stratégiques, l’exploitation de certaines d’entre elles demeure au point mort, au détriment de l’économie nationale et de la sécurité des populations. Le gaz méthane enfoui dans les profondeurs du lac Kivu illustre parfaitement ce paradoxe : une richesse énergétique considérable, encore largement inexploitée côté congolais, malgré les enjeux économiques et environnementaux qu’elle représente.
Pendant que la RDC peine à diversifier son économie au-delà du secteur minier, des pays voisins tirent déjà profit de ressources naturelles partagées. À l’est du pays, l’Ouganda exploite le pétrole du lac Albert, à la frontière avec la province de l’Ituri, grâce notamment à un partenariat avec le géant français TotalEnergies. Cette avancée contraste fortement avec l’inaction observée autour du lac Kivu, pourtant reconnu comme l’un des plus grands réservoirs de gaz méthane au monde.
Au Nord-Kivu, le projet de dégazage du golfe de Kabuno, présenté à plusieurs reprises comme une priorité nationale, n’a jamais véritablement évolué. Malgré de nombreuses annonces et inaugurations symboliques , aucune exploitation effective n’a vu le jour. Cette stagnation est d’autant plus frappante que, de l’autre côté de la frontière, le Rwanda a déjà mis en place une infrastructure industrielle de grande envergure pour extraire et valoriser ce même gaz.
Installées à moins de cinq kilomètres de Goma et de Gisenyi, sur la presqu’île de Rubona jusqu’au village de Nyamyumba, les installations rwandaises produisent de l’électricité à partir du gaz méthane du lac Kivu, contribuant ainsi à la sécurité énergétique et à la croissance économique du pays. Un contraste saisissant avec la situation congolaise, où le potentiel reste inexploité.
Au-delà du manque à gagner économique pour la RDC, l’absence d’exploitation du gaz méthane du lac Kivu constitue un danger majeur pour plus de cinq millions de personnes vivant sur les rives du lac. Les scientifiques alertent depuis plusieurs années sur le risque d’une éruption limnique, un phénomène pouvant être déclenché notamment par une activité volcanique du Nyiragongo. Un tel événement provoquerait une libération brutale de gaz toxiques, capable d’anéantir toute forme de vie humaine, animale et végétale en quelques secondes.
Ce scénario n’est pas hypothétique. Il s’est déjà produit au lac Nyos, au Cameroun, en 1986, causant la mort de plus de 1 700 personnes. Pour de nombreux experts, l’exploitation contrôlée du gaz méthane du lac Kivu représente non seulement une opportunité économique majeure pour la RDC, mais aussi une nécessité vitale pour prévenir une catastrophe humanitaire.
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