À l’occasion de la DRC Mining Week organisée à Lubumbashi, le directeur général du Cadastre minier (CAMI), Popol Mabolia Yenga, a multiplié les appels en faveur d’un changement profond dans la gestion des ressources minières en République démocratique du Congo. Son message : les provinces doivent passer du statut de simples bénéficiaires de redevances à celui d’acteurs économiques capables de détenir et de valoriser directement des actifs miniers.
Cette orientation, présentée comme une « reconquête minière », vise à renforcer le poids économique des gouvernements provinciaux dans un secteur qui demeure largement dominé par les investisseurs privés nationaux et étrangers.
Transformer les recettes minières en actifs stratégiques
Pour le responsable du CAMI, les provinces disposent aujourd’hui d’une marge financière suffisante pour investir dans l’acquisition de titres miniers, notamment grâce à la rétrocession de 25 % des recettes minières prévue par la législation congolaise.
Selon lui, une partie de ces ressources pourrait être orientée vers la sécurisation de carrés miniers présentant un potentiel économique avéré. Une telle stratégie permettrait aux provinces de devenir propriétaires d’actifs stratégiques susceptibles de générer des revenus futurs ou de servir de levier dans les négociations avec les investisseurs.
« Avec les ressources financières dont vous disposez, vous pouvez acquérir des titres miniers. Cela vous permettra de faciliter la mise en œuvre de projets structurants répondant à vos besoins de développement et de renforcer votre position lors des négociations avec les investisseurs », a-t-il expliqué.
Un nouveau rapport de force avec les investisseurs
L’un des principaux arguments avancés par le CAMI concerne le pouvoir de négociation des entités territoriales. Aujourd’hui, la majorité des titres miniers sont détenus par des opérateurs privés qui négocient directement avec l’État central.
Pour Popol Mabolia Yenga, la détention de concessions par les provinces pourrait modifier cet équilibre en leur permettant d’intervenir plus directement dans les discussions relatives aux partenariats, aux investissements et aux retombées économiques locales.
Il cite notamment le cas de grands projets couvrant plusieurs milliers de kilomètres carrés. Dans une telle configuration, une province disposant déjà de titres miniers serait en mesure de négocier des conditions plus avantageuses pour son développement économique et social.
L’exemple du Maniema et le défi du Lualaba
Le directeur général du CAMI a salué les premiers pas de la province du Maniema dans cette approche, qu’il considère comme un modèle à suivre pour d’autres entités.
À l’inverse, il a souligné le paradoxe du Lualaba, province qui concentre une part importante de la production minière nationale mais qui ne détient pratiquement aucun titre minier en son nom. Selon lui, cette situation limite la capacité des autorités locales à peser davantage dans la chaîne de valeur du secteur extractif.
Miser sur l’information géologique nationale
Au-delà de la question financière, Popol Mabolia Yenga estime que les provinces disposent déjà d’un atout essentiel : l’information géologique.
Il encourage ainsi les gouvernements provinciaux à collaborer étroitement avec les géologues congolais et les structures spécialisées afin d’identifier les zones à fort potentiel et de constituer progressivement un portefeuille d’actifs miniers.
Cette démarche pourrait également favoriser l’émergence de sociétés provinciales ou de groupements économiques locaux capables de développer ou de valoriser ces permis en partenariat avec des investisseurs.
Vers une plus grande participation locale à la rente minière
Le plaidoyer du CAMI s’inscrit dans un débat plus large sur le partage de la valeur créée par l’exploitation des ressources naturelles en RDC. Alors que les provinces bénéficient déjà des redevances minières, l’acquisition directe de titres pourrait leur offrir une source supplémentaire de revenus et une participation plus active dans les projets extractifs.
Pour les défenseurs de cette approche, l’enjeu est de transformer les recettes tirées du secteur minier en investissements productifs capables de soutenir le développement local, tout en renforçant la souveraineté économique des territoires sur leurs ressources stratégiques.
« Les provinces disposent de l’information et des ressources nécessaires ; il leur appartient désormais de saisir cette opportunité », a conclu le directeur général du CAMI, appelant à un changement de paradigme dans la gouvernance minière du pays.



