La Banque mondiale tire la sonnette d’alarme sur la gouvernance des entreprises publiques en République démocratique du Congo (RDC). Dans son rapport « Du parking à la voie rapide : Réformer les entreprises publiques », publié mardi, l’institution pointe l’absence de conseils d’administration compétents et indépendants comme un frein majeur à leur performance.
Selon le rapport, de nombreuses entreprises publiques congolaises manquent d’organes de gouvernance solides. Cette faiblesse favorise des pratiques de gestion opaques et affaiblit la supervision stratégique. « De nombreuses entreprises publiques ne disposent pas de conseils d’administration compétents et indépendants », souligne le document, mettant en cause des nominations souvent éloignées des critères de mérite.
Cette carence se reflète dans le reporting financier : en 2024, seules 10 des 20 principales entreprises publiques ont publié leurs états financiers, et seulement cinq l’ont fait régulièrement au cours des cinq dernières années. La transparence reste donc largement insuffisante.
Des déséquilibres financiers inquiétants
La faiblesse des conseils d’administration alimente également une dérive financière. Les entreprises publiques, qui occupent des secteurs stratégiques, accumulent dettes et arriérés, faisant peser un risque budgétaire croissant sur l’État. La SNEL, la Gécamines, la REGIDESO, la SNCC et l’ONATRA concentrent l’essentiel de ces déséquilibres. La dette globale du portefeuille public a augmenté, passant de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, représentant près de 42 % de la dette extérieure publique. La SNEL seule pèse pour 75 % de cette dette, suivie par la Gécamines (16 %).
À cela s’ajoutent des passifs implicites considérables, avec des arriérés de salaires pouvant dépasser 100 mois dans certaines entreprises, et des délais de paiement fournisseurs excédant trois ans.
Des dysfonctionnements opérationnels persistants
L’absence de gouvernance efficace se traduit par des retards de recouvrement moyens de 1 400 jours et des arriérés fiscaux estimés à 1,6 % du PIB en 2023. Pour la Banque mondiale, ces contre-performances reflètent des ingérences institutionnelles et l’absence de mécanismes de contrôle.
Face à cette situation, l’institution recommande une réforme profonde : mise en place de conseils d’administration indépendants, dotés de compétences techniques avérées et de mandats clairs, afin de restaurer la transparence et la performance financière des entreprises publiques.
MHV



