À quelques encablures de son ouverture, le nouveau marché central de Kinshasa, communément appelé “Zando”, s’impose déjà comme l’un des projets urbains les plus emblématiques de la capitale congolaise. Au-delà de sa capacité d’accueil et de ses infrastructures modernes, ce complexe commercial mise sur une approche écologique innovante, encore rare dans les grands équipements publics en République démocratique du Congo.
Construit en grande partie avec des matériaux locaux, le bâtiment privilégie la brique cuite, produite notamment à la sucrerie de Kwilu Ngongo, dans le Kongo Central. Au total, près de sept millions de briques ont été utilisées pour ériger cette infrastructure de 92 000 m². Fabriquées à base d’argile brûlée, ces briques offrent un avantage thermique significatif.
« Cette brique absorbe la chaleur pendant la journée qu’elle libère le soir. Ce qui fait que pendant la journée lorsque les gens sont au marché pour vendre ou acheter, il ne fait pas chaud. La température est bien ambiante. Le soir, lorsque tout le monde est parti, cette brique rejette la chaleur qu’elle a absorbée », explique Mr Emmani Mputu, Directeur général adjoint de la Société de gestion des marchés (SOGEMA) à Businesseco

Dans la même logique, l’architecture du marché intègre des interstices entre les briques afin de favoriser la circulation naturelle de l’air. « Il y a aussi des petits espaces entre les briques pour faciliter le passage de l’air. C’est comme une ventilation naturelle », précise-t-il.
L’ambition écologique du projet ne s’arrête pas là. Bien que le site soit équipé d’un groupe électrogène, les gestionnaires envisagent à terme l’installation de panneaux solaires pour alimenter le marché en énergie verte. Par ailleurs, des arbres ont été plantés à l’intérieur du complexe pour compenser la forte présence de béton et améliorer la qualité de l’air.
« Comme vous pouvez le remarquer, il y a beaucoup de béton dans le bâtiment. Nous avons ainsi planté des arbres au sein du marché pour apporter un peu d’oxygène », souligne Emmani Mputu.
Au-delà de l’aspect environnemental, le nouveau “Zando” se distingue également par sa volonté de moderniser la gestion commerciale. La dématérialisation des processus est au cœur du dispositif. Elle permettra de mieux identifier les vendeurs, de maîtriser les effectifs et de rationaliser les recettes générées.
« L’objectif, c’est d’avoir une base de données pour savoir qui a payé et qui ne l’a pas fait », indique la SOGEMA, qui envisage également de collaborer avec des institutions financières pour promouvoir les paiements électroniques. À terme, le marché pourrait devenir un espace pionnier dans la réduction de l’usage du cash, notamment grâce au mobile money.

Avec une capacité d’accueil de plus de 120 000 personnes, le nouveau marché central ambitionne de transformer durablement les pratiques commerciales à Kinshasa. Lancé en septembre 2022, après la fermeture de l’ancienne structure en janvier 2021, ce projet financé par la Sofibanque et réalisé par la SOGEMA comprend plus de 10 000 étals, 650 magasins, 10 entrepôts de 500 m³ chacun, plus de 300 kiosques, 10 chambres froides et 272 toilettes publiques.
À travers “Zando”, Kinshasa ne se dote pas seulement d’un nouveau centre commercial. La ville expérimente un modèle où modernité rime avec durabilité, dans un contexte urbain en pleine mutation.
Djodjo Vondi



