Le débat sur la marge d’endettement de la République démocratique du Congo prend une nouvelle dimension. Alors que le vice-Premier ministre et ministre du Budget, Adolphe Muzito, estime que le pays dispose encore d’une importante capacité de recours à l’emprunt, le président du Conseil d’administration de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), Florimond Muteba, appelle à ne pas limiter l’analyse au seul ratio dette/PIB.
Adolphe Muzito a récemment évalué la dette extérieure de la RDC à environ 11 milliards de dollars, pour un Produit intérieur brut (PIB) estimé à 137 milliards de dollars. Sur cette base, il considère que le pays demeure « sous-endetté » et dispose d’une marge pour mobiliser davantage de financements. Il a évoqué une capacité théorique pouvant atteindre 100 milliards de dollars, tout en maintenant la dette sous le seuil de 50 % du PIB.
Pour Florimond Muteba, cette lecture doit toutefois être complétée par une analyse de la structure de l’économie congolaise et de sa capacité à générer effectivement les ressources nécessaires au remboursement de nouveaux emprunts.
Dans une interview accordée à DeskEco, le responsable de l’ODEP estime que le ratio dette/PIB ne permet pas, à lui seul, de mesurer la capacité réelle d’endettement du pays. Il met notamment en avant le caractère « extraverti » de l’économie congolaise, marqué, selon lui, par une importante sortie de capitaux et de revenus liés aux investissements et financements extérieurs. « Le ratio est faussé lorsqu’il est calculé chez nous, on le prend pour une base pour s’endetter », soutient-il.
Au-delà du niveau de dette rapporté au PIB, Florimond Muteba invite ainsi à examiner la capacité de l’économie à produire suffisamment de revenus pour assurer le service de la dette.
« Essayons d’analyser le contenu de ce ratio, le contenu en termes de niveau de la dette, produit intérieur brut, pour voir si on est capable de supporter ne fût-ce que 10 milliards de dollars », affirme-t-il. Cette approche place la productivité des investissements financés par l’emprunt au centre du débat.



